Rishi Labs, lieu de rencontre.

19 Mai 2016 – Repos à Dali

Au terme de 6h dans un bus couchette, nous arrivons sur la ville de Dali. Nous sommes déposés à l’entrée de la gare routière pour 19h.

Désormais, nous devons trouver le Rishi Labs ouvert par un membre de couchsurfing se trouvant en Europe. Ses explications semblent suffisantes et nous partons à la recherche du bus numéro 2. Après 30mn de marche, nous montons à son bord en direction du terminus comme indiqué. Lorsque nous descendons, nous sommes à côté d’un gigantesque complexe sportif et là, ça ne correspond plus trop. Nous devrions nous trouver dans le village de Caicun mais nous en sommes bien loin. Nous interrogeons un chauffeur de bus pour nous y rendre mais il nous indique que le bus faisant le trajet a fini son service. Il est 21h.

Nous tentons tant bien que mal de nous rapprocher de la destination mais notre dernier essai, prendre un bus aléatoirement, nous conduit dans une impasse. Toutefois, le chauffeur ne comprenant pas pourquoi nous avons pris son bus nous demande où nous allons (tous ces échanges avec les locaux ont lieu grâce au langage corporel, nous ne parlons toujours pas chinois et ils ne parlent toujours pas anglais). Nous lui montrons notre destination sur un plan, fort heureusement traduit en chinois. Là, il nous signifie de rester à bord et nous conduit jusqu’à un minivan qui doit se rendre là-bas.

Nous embarquons sans n’en savoir plus… 20mn plus tard, le chauffeur nous débarque dans une rue, semble-t-il, touristique. Bon, c’est pas trop mal, nous avons faim et il y a quelques restaurants. Pause repas où nous arrivons à nous localiser grâce à la tablette et l’application Maps.Me. Je recommande cette application à tous les voyageurs pour son utilisation hors ligne et sa gratuité.

Bref, nous sommes à plus de 5kms et par souci d’économies, nous n’utiliserons pas les taxis. Il est 23h. Alors nous marchons 2kms jusqu’à arriver à une intersection menant probablement à Caicun. Cependant, la batterie de la tablette étant vide, nous n’en savons pas plus (voici la limite de l’application Maps.Me). À celà, il faut ajouter la fatigue, les 3kms de marche restants ainsi que les indications vagues quand à la localisation du Rishi Labs dans le village. Devant ce constat, dormir dans la rue, enfin, dans un petit parc s’impose comme la meilleure solution en attendant le petit matin. Après tout, en Chine, les villes sont plutôt propres.

Ainsi, ce n’est pas la meilleure nuit que nous ayons connu mais elle nous a redonné l’énergie nécessaire pour finir notre quête du Rishi Labs. Au réveil, quelques chinois venus faire leur gymnastique dans le parc ou bien nettoyer (oui, ils nettoient tout le temps) semblent surpris de notre présence mais ne se laissent pas perturber. Très vite, je m’intéresse aux bus que j’entends passer depuis 6h30. L’un d’eux portant le numéro C2 semble partir dans la bonne direction. Nous plions bagages et nous embarquons. 5′ plus tard, nous atteignons le terminus et cette fois, les indications de Fabrizio correspondent. Nous prenons la rue allant au Nord et après 20′ d’errance, nous finissons par trouver le Rishi Labs !

Le fin mot de nos aventures est qu’il existe deux villes de Dali, le Nouveau Dali et le Vieux Dali. Respectivement, le premier est là où le bus couchette nous a laissé alors que le second est la ville touristique. Les explications étaient justes au départ du Vieux Dali car les touristes ne sont pas supposés s’intéresser à la nouvelle ville. C’est ça les risques de l’improvisation, ne pas savoir si nous sommes au bon endroit.

Revenons à cette matinée du vendredi 20 Mai où nous découvrons le Rishi Labs. Le premier aperçu des lieux nous laisse perplexes, « Où sommes-nous tombés ? ». En effet, ce lieu peut être qualifié de squat à artistes et les œuvres artistiques sont à la fois modernes et déstabilisantes (à découvrir dans la galerie photo). De plus, c’est désert ! Je vous l’accorde, il n’est que 7h30. Pour faire passer le temps, je retourne sur la place du village acheter quelques pains cuits à la vapeur et fourrés à la viande. Il s’agit du petit déjeuner classique pour certains chinois. J’en profite aussi pour acheter du café… soluble mélangés à de la poudre de lait. Désolé pour les puristes, mais on n’a pas trop le choix pour boire du « café » à un prix correct.

Lorsque je reviens dans notre nouvelle antre, rien n’a changé si ce n’est que Léo dort aussi. Je bois un café en attendant qu’il y est plus d’activité.

Enfin, ça commence à bouger. Jina, une jeune designer coréenne et gérante des lieux, se présente à nous. Elle nous accueille et nous montre là où nous pouvons dormir. Quelques minutes plus tard, c’est autour de Francky, autre résident des lieux, de se réveiller. Nous partageons le petit déjeuner tous ensemble ainsi que quelques verres de thé dont le service n’est pas commun. Ainsi, nous découvrons comment le thé se boit ici.

Explications pour ceux qui, comme nous, n’ont jamais vu ça. Tout commence par un rinçage de l’ensemble de thé à l’eau bouillante. L’eau souillée est renversée sur un plateau de bois troué. Un bac récupère l’eau dessous. Ensuite, ils placent un bloc de thé dans ce que nous utiliserions comme sucrier en France. Ils remplissent d’eau bouillante, ça infuse rapidement et ils rincent de nouveau l’ensemble de tasses avec le thé avant de le renverser sur le plateau. Enfin, ils recommencent la scène, mais cette fois, c’est la bonne, nous pouvons enfin boire le thé. Dernière particularité, les tasses ne sont pas plus grandes qu’un shooter de bar. Par conséquent, on s’enquille quelques dizaines de verres de thé !

Dans l’espoir que mes lumières sur boire le thé en Chine soit claires, je vais maintenant vous raconter notre semaine au Rishi Labs. En effet, ce lieu est tombé à point nommé pour notre repos et nos économies.

Tout d’abord, nous y avons rencontré de nombreuses personnes provenant de différents horizons ainsi que de différents pays. Parmi ces rencontres, il y a eu celle qui n’était que pour quelques instants comme Arthur, un francais vivant dans un village chinois et venu se faire tatouer par l’un des jeunes du Rishi Labs. Ou bien, Ludovic, un réunionnais de repos sur Dali avant de reprendre le travail pour sa société basée en Chine. Il y a aussi eu cette équipe de jeunes chinois venus tourner leur court-métrage dans le Rishi Labs. N’oublions pas ce voyageur ukrainien jouant du djembé dans les rues de Dali pour gagner quelques sous. Son itinéraire atypique au départ de la Crimée empruntant des pays comme le Pakistan, le Kazakhstan… m’aura marqué et il fut très intéressant d’écouter le récit de ses aventures. J’en garderai un très bon souvenir.

D’autres part, il y a les rencontres présentes au quotidien de cette semaine. Francky et Lynx, deux gars qui vivent ici depuis quelques mois et avec qui nous aurons partagé quelques p’tits déjeuners, quelques thés, quelques bières et quelques après-midis. Cependant, nous ne les aurons que souvent croisé alors qu’un autre globetrotter aura passé bien du temps avec nous. Il s’agit de Vlad, ukrainien, globetrotter et cycliste.

Par où commencer ? Peut être par le jour où nous l’avons rencontré. C’était le jour de notre arrivée au Rishi Labs. Alors que je préparais tranquillement du pain dans la cuisine (nous y reviendrons plus tard), deux gars au look caractéristique des pays d’Europe de l’Est débarquent. Vlad est ukrainien alors que Gema est russe. Nous les accueillons et dans la discussion, nous apprenons que ceux sont eux aussi des couchsurfers. Ainsi, nous nous retrouvons tous les 4 au Rishi Labs et passons l’après-midi à faire connaissance.

Gema est un guitariste russe ayant déjà résidé au Rishi Labs par le passé. Il est sur Dali car c’est une ville artistique et qu’il peut gagner quelques sous en jouant dans la rue ou dans les bars. Oui, être étranger et musicien rapporte assez pour vivre sobrement étant donné que les chinois raffolent des occidentaux. Il a plus de 30 ans.

Quand à Vlad, c’est un ukrainien tout juste plus vieux que nous. Globetrotter, il a choisi comme moyen de transport le vélo pour parcourir la Chine. Son principale atout : il parle, lit et écrit le chinois ! On ne peut pas rêver mieux dans ce pays où l’anglais est très peu parlé. Il est végétarien et passionné de cuisine. Il faut dire que ces deux caractéristiques l’aident bien à voyager low cost. Ses récits d’aventures sont fantastiques et toujours bon à écouter. Prenons pour exemple les fois où il a roulé de nuit sans lumières faute de batterie ou bien les nombreuses fois où il a emprunté les autoroutes dans le but d’éviter les innombrables cols du Yunnan. Oui, il fait un peu ce qu’il veut mais l’avantage est qu’ici la police n’est pas rigide tant qu’on ne perturbe pas l’ordre public. Durant toute la semaine nous découvrirons de nouvelles anecdotes sur ses aventures et sur la vie en Ukraine.

Bref, avec Vlad et parfois Gema, nous avons fait bien des choses ! Je vais commencer par vous parler de la cuisine.

Le Rishi Labs est tenu par un Italien et que seraient les italiens sans leurs pizzas ? C’est ainsi que pour la première fois nous avons disposé d’un four traditionnel. C’est ainsi que l’impossible est redevenu possible pour des prix dérisoires. Du pain ? Des pizzas ? Des gâteaux ? Nous avons pu en faire pour la première fois d’autant plus que de nombreuses recettes étaient écrites sur les murs de la cuisine. C’est comme ça que dès la première après-midi j’ai craqué sur la recette du pain. Le lendemain, ce sera une soirée pizza. 3 délicieuses pizzas végétariennes pour 4 affamés ont largement suffit. Par la suite, nous sommes revenus à des plats cuisinés à partir de légumes achetés sur le marché. Nous avons mangé beaucoup de choux, de tomates, d’aubergines, de coriandre, d’ail et de soja très souvent accompagné de tofu. Tout ça, sous différentes formes : en salade, cuits au Wok ou frit. Ainsi, durant notre semaine, Vlad nous a initié à une cuisine aux couleurs chinoises. Il ne restait plus qu’à ajouter cette parenthèse sucrée à notre cuisine et nous avons commencé à faire pancakes et minis cakes à la banane.

Pendant une semaine, nous avons beaucoup cuisiné, essayant de nouveaux plats et de nouvelles saveurs. Ce fut délicieusement bon. Rassasiés, nous n’avions pas tout le temps eu l’occasion de sortir du Rishi Labs tant la pluie était insistante. Mais, nous avons pu faire quelques activités.

À quelques pas de notre antre se trouve un immense lac, long de plus de 40kms. Nous avons pu nous y rendre à 2 reprises par de belles journées ensoleillées.

Malgré l’eau fraiche, nous nous sommes tous baignés et j’ai même pu renager pour la première fois jusqu’à 45mn. Un vrai bonheur que de se retrouver dans l’eau. Mais comme je le disais, la pluie ne nous autorisa pas souvent de telles sorties. Alors, restant au Rishi Labs, nous avons pu trouver d’autres activités.

Pour tuer le temps, Vlad nous a enseigné un jeu de cartes sûrement ukrainien et nous avons passé quelques soirées à nous défier. Mais, nous avons su occuper le temps libre en faisant, par exemple, une journée entretien de son vélo. En effet, il ne prend que rarement le temps de s’occuper de son fidèle destrier et j’ai proposé mes services pour lui redonner du neuf. Alors, nous avons démonté l’intégralité de la mécanique, tout fait briller avant de tout remonter. Un long réglage est effectué sur les dérailleurs et enfin, ce vélo retrouve de sa superbe. Vlad est heureux du travail et je me suis régalé avec cette activité. Il faut dire que mon vélo me manque…

Quelques jours plus tôt, nous avons passé la soirée dans le vieux Dali afin d’aller voir jouer Gema dans un bar. Empruntant le scooter électrique du Rishi Labs, il nous fait l’agréable surprise de tomber en panne ! Fort heureusement devant un garage et le gérant trouve rapidement le problème : disjoncteur grillé. Nous le changeons et ça repart. Arrivés à l’établissement, celui-ci reste longtemps désert avant que deux groupes de chinois s’y installent et ne mitraillent de photos le musicien russe. Quand à sa prestation, on doit le dire : « Gema n’est pas un brillant chanteur ». Mais les chinois n’y prêtent guère attention, un avantage. Nous ne restons pas jusqu’à la fin et retrouvons cet ukrainien dont je vous ai parlé plus haut. Nous passons une bonne heure à ses côtés et l’observons jouer. Les 15mn d’efforts qu’il effectue en notre présence n’aboutissent au gain du moindre Yuan. À vrai dire, la pluie a fait son apparition et beaucoup moins de monde circule dans la ruelle. Il se fait tard et nous quittons ce musicien pour aller au restaurant où Vlad est accueilli grâce au couchsurfing. Nous nous faisons offrir à boire et à manger par le patron. Il faut dire que ça tourne bien ici et il peut se le permettre. Il tient l’une des seules enseignes ouvertes toute la nuit et les prix sont relativement élevés. Ainsi, nous voyons défiler un musicien/chanteur américain accompagné de musiciens chinois et du patron du bar ou des groupes de jeunes sortants de soirée dont certains membres tiennent tout juste debout. Y’a de la vie et l’ambiance est agréable. Cependant, nous ne souhaitons pas faire la fermeture et à 2h, nous songeons enfin à rentrer pour dormir. Quelle soirée de rencontres et de découvertes, c’était génial.

Pour ce qui est des matins au Rishi Labs, chacun notre tour, nous prenons notre matinée de liberté. Léo va courir pour la première fois du voyage et revient bien marqué. De mon coté, j’emprunte le vélo des lieux pour aller faire des courses dans le vieux Dali. J’y croise de nombreux groupes de touristes chinois accompagnés de leurs guides vêtues telles des œuvres d’art. C’est époustouflant la quantité qu’ils peuvent être et toujours en groupe. Par contre, le vieux Dali est magnifique de jour et je m’égare dans les rues découvrant le marché local. Une bouffée d’air frais en cette matinée et à mon retour, je me mets aux fourneaux avec Vlad. Ce matin, c’est Pancakes Party ! Ah Ah, avec de la banane, on s’en met plein le bide.

Oui, au Rishi Labs, faute d’avoir beaucoup bouger, nous avons beaucoup mangé et rencontré bien du monde ! C’est clairement un lieu que nous retiendrons et la rencontre avec Vlad aura été un des meilleurs moments de ce séjour. Il quitte les lieux deux jours avant nous car il doit expressément rejoindre la frontière laotienne. Et oui, il dispose un visa d’un an à entrées multiples imposant des périodes de séjour de 30 jours consécutifs maximum. Tous les mois, il doit faire un passage éclair (quelques minutes) dans un pays voisin afin de respecter la législation.

Le 27 Mai, c’est notre tour de quitter les lieux en direction de la capitale de la province du Yunnan : Kunming. Munis de notre pancarte, nous faisons nos premiers kilomètres en stop et en Chine.

Au terme d’un voyage à bord d’une confortable voiture, notre arrivée à Kunming sera-t-elle meilleure que pour Dali ? Réponse demain !

Ludo & Léo.

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